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Vous avez dit… Jeanne Pucelle ?

Jeanne Pucelle

Episode 4

Château d'Angers gravure

La Forteresse d’Angers au Moyen-Âge

Fleur de lys

MEDIAPLAYER Michel Pépé Le Couronnement de l’Oeuvre

Prologue

Commençons par les questions qui fâchent. Jeanne d’Arc est-elle née à Domrémy ? Rien n’est moins sûr ! D’autre part, tous les « historiens » s’accordent pour revendiquer la date de naissance du 06 janvier 1412 comme date de naissance officielle de la Pucelle, mais sans préciser le lieu. Aux fins d’y voir plus clair, retour au 2ème épisode et penchons-nous derechef sur la « Romée Salm Devouthon ». Nous avons souligné que les parents Darc – Jacques Darc et Isabelle Romée – eurent 5 enfants dont une certaine « Jeanne » née en ?. Or, cette dernière n’apparaît pas dans la généalogie des comtes de Salm. Ouvrez le lien ! Vous venez donc de constater, sur la branche descendante d’Isabelle Romée, la déclaration de 4 enfants et non 5. Rouvrez le lien géneanet, mettez des lunettes s’il le faut, et observez de près l’identifiant d’Isabelle Romée. Que lisez-vous ? Mère adoptive de la Pucelle… Sans commentaires !

Mais ce n’est pas tout. Revenez au tableau généalogique, cette fois sur l’identifiant du Père Jean-Nicolas de Salm Devouthon. Nulle équivoque sur le géniteur d’Isabelle Romée mais une surprise de taille concernant l’épouse : Isabelle de Brixey de Bourlémont (1330-1385). Je vous invite à un petit exercice de généalogie comparée. Voici un autre lien relatif à la « mère adoptive » Isabelle Romée. Activez le lien et examinez les « Parents ». Vous avez lu Jean Nicolas Romée marié avec ? ? Deux points d’interrogation qui semblent suggérer la délibération d’un choix entre deux épouses. Indice intéressant à prendre au sérieux. Comme tout un chacun, l’auteur de cette fiche généalogique se pose des questions et fait montre de prudence. A preuve ce nouveau lien susceptible de renseigner sur cette hypothétique épouse nommée Isabelle de Brixey de Bourlémont mariée en 1323 à Liebaut V de Bauffremont. Alors là, c’est le pompon ! Mariée avant d’être née ! Pis encore ! Ouvrez le lien « Liebaut V » et vous découvrirez avec stupeur que ce Liebaut V se remarie une nouvelle fois vers 1364 avec qui ? Isabelle de Brixey de Bourlémont ! ! ! Comparez maintenant les dates de mariage de Liebaut V et de Jean-Nicolas de Salm Devouthon : 1323 ou 1364 pour le premier et 1364 pour le second, tous les deux avec la même femme ! Pas très crédible tout cela ! Il est temps de clore cet exercice généalogique avec deux liens qui devraient nous gratifier d’une information plus plausible, déjà venue nous caresser l’esprit lors de l’épisode 2. Sur le lien suivant Isabelle de Vouthon,  portez votre attention sur les « Parents ». Puis sur ce second lien concernant Barnabé de Visconti… Vous allez vous frotter les yeux ! Non, inutile de consulter votre ophtalmo, il s’agit bien de Thadée Visconti, Mère d’Isabeau de Bavière par le premier mariage avec Etienne III de Bavière et mère d’Isabelle Romée par le second mariage avec Jean-Nicolas de Salm de Vouthon.

Ecu Taddea Visconti

Mais penserez-vous, quelque chose sonne faux dans toutes ces dates ? Etienne III de Bavière épouse Thadée Visconti le 13 octobre 1364 ! Oups ! Sac d’embrouille !  Jean-Nicolas de Salm ne peut-être l’époux à la fois d’Isabelle de Brixey et de Thadée Visconti. Comparons ensuite les dates de naissance et de décès de Thadée Visconti, Isabeau de Bavière et Isabelle Romée.

  • Thadée Visconti, née en 1351 à Milan, décédée le 28 septembre 1381. Epouse en 1364 ou 1365 Etienne III de Bavière
  • Isabeau de Bavière, née vers 1370 à Munich, décédée le 24 septembre 1435 à Paris. Reine de France, épouse Charles VI en 1385.
  • Isabelle Romée Devouthon, née en 1377, décédée en 1458, Dame de compagnie d’Isabeau de Bavière entre 1431 et 1435.

La Bâtardise

Les moeurs au Moyen-Âge, sans être dissolues pour autant, se démarquent outrancièrement de celles que nous connaissons aujourd’hui. Enfants adultérins, unions incestueuses ou par cousinage composaient ce qu’il convient de définir, au coeur de la présente réflexion, comme une bâtardise « politiquement correcte ». Isabeau de Bavière, pour ne citer que la Reine de France, reste un exemple probant. Prenons comme base de notre expertise la date de naissance d’Isabelle Devouthon, mère adoptive de la Pucelle, née vers 1377. A cette date, Thadée Visconti est âgée de 26 ans et mariée à Etienne III depuis 12 ans environ. Il lui reste 4 années à vivre (décédée en 1381). En 1377, le présumé père d’Isabelle RoméeJean-Nicolas de Salm de Vouthon (1332 – 1385) -  est âgé de 45 ans. Il lui  reste 8 années à vivre.

La question qui fâche 

Entre 1365 et 1377, Thadée Visconti aurait-elle croisé sur sa route Messire Jean-Nicolas de Salm de Vouthon ou inversement ? Aucun historien ne pipe mot sur cette hypothèse audacieuse et pour le moins embarrassante. Réfléchissons un instant ! Si Thadée Visconti et Jean-Nicolas de Salm sont les parents de la « Mère adoptive » de la Pucelle, cela pourrait laisser entendre que Isabeau de Bavière et Ysabelle Romée sont « demi-soeurs »… Un pavé dans la marre ! Une suggestion ahurissante, néanmoins, à prendre en considération avec des pincettes…

Fleurs de Lys 2

Ce n’est pas par hasard si nous retrouverons les « Visconti » sur notre feuille de route, précisément lors du 6ème épisode, quand je vous présenterai Valentine Visconti (1368-1408), assurément dans la lignée dynastique de Barnabé Visconti, seigneur de Milan. Princesse milanaise, fille de Galéas Visconti et d’Isabelle de France, devenue Duchesse d’Orléans par son mariage avec Louis d’Orléans, frère du Roi de France Charles VI. Valentine Visconti, c’est aussi la mère de Charles 1er d’Orléans… Ne déflorons pas trop vite le mystère de la Pucelle, car à ce présent stade  de l’expertise nous ne sommes plus très loin de prendre notre « héroïne » au filet. Et certes pas dans une prairie au milieu des moutons !

louis d'Orleans-Valentine Visconti

Valentine Visconti

épouse de Louis 1er d’Orléans

Une autre balise, cette fois chevaleresque, sur notre feuille de route. J’évoque en passant l’Ordre de chevalerie du Porc-Epic fondé en 1394 par Louis 1er d’Orléans à l’occasion du Baptême de son fils aîné Charles d’Orléans. Le Duc d’Orléans s’en déclare le Grand Maître. L’Ordre se compose de 25 chevaliers, le souverain inclus. Le Porc-Epic est symbole des Valois – Orléans. Or, la distinction de l’Ordre du Porc-Epic a été décernée par Charles d’Orléans à Pierre d’Arc (1408-1473), frère de lait de la Pucelle. Pierre d’Arc du Lys, 3ème fils de Jacques d’Arc et d’Isabelle Romée, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc, fut adoubé « chevalier du Porc-Epic » par le Duc d’Orléans en 1445, une distinction qui nécessitait de la part du récipiendaire d’être issu de quatre générations nobles. Voilà une information, historiquement fondée, qui lève définitivement le doute sur la question du lignage roturier de la famille Darc à Domrémy.

Lis et relis, sonde, dissèque,

analyse, compare,

et surtout ne laisse rien au hasard…

Avons-nous dit !

Le Porc-Epic

Le Porc-Epic

Symbole des Valois – Orléans

Fleurs de Lys 2

MEDIAPLAYER Michel Pépé La Licorne Céleste

 Octobre 1417

Une banale rencontre

La Porte royale Angers

Extraits de l’ouvrage de Pierre Aléonard

Jeanne d’Arc « Princesse normande »

Un jour d’octobre 1417… Par un bel après-midi d’automne, cinq cavaliers se présentent à la grande porte du château fort d’Angers. Le capitaine confie à la sentinelle un sauf-conduit que vient examiner le chef de poste. Permission de franchir le portail monumental. Halte ! Le capitaine met pied à terre, fouille dans ses fontes d’où il extrait un parchemin scellé qui doit être remis à la duchesse en personne.

Chacun sait, dans le royaume de France, que le duc Louis II d’Anjou est décédé depuis peu, d’une façon plus ou moins mystérieuse. Le porteur de message revient un quart d’heure plus tard, donne des ordres pour héberger les cavaliers et les montures et conduit le capitaine dans le grand cabinet proche du salon principal.

Imaginez ce premier contact : Yolande d’Aragon, trente-sept ans, majestueuse, brune, yeux noirs, carnation ambrée, toute vêtue de noir et notre beau capitaine, la trentaine, le regard franc et direct, sanglé, botté, vêtu de cuir fauve, au côté gauche, une courte épée qui peu être redoutable sans gêner le cavalier.

- « Je suis honorée, Monsieur de Baudricourt, de faire votre connaissance. Madame la duchesse de Bar me dit tous vos mérites et m’explique le but de votre visite. Une lecture rapide ne m’a pas permis de comprendre les détails de votre entreprise mais vous serez mon interprète pour dire à Madame de Bar que je suis très sensible à sa bonne foi et à son dévouement à notre cause !

Ne vous souciez pas de votre escorte, j’ai donné des instructions pour que vos hommes et vos montures reçoivent les meilleurs soins. Vous devez, vous-même, être marqué par cette chevauchée de plus de cent cinquante lieues ; asseyez-vous ! on vous apporte de suite quelques rafraîchissements. J’ai avancé l’heure du dîner mais vous aurez du temps libre pour vos soins personnels et nous pourrons parler tout à loisir pendant et après le repas. Hélas ! ce ne sont pas les sujets de conversation qui font défaut ! Cet emploi du temps est-il vôtre ? ».

- « Il m’agrée parfaitement et je vous en remercie. »

Et c’est ainsi que, vers 18 heures, notre capitaine et la Reine de Sicile se retrouvèrent dans la grande salle à manger, face à un excellent repas. Robert de Baudricourt, bel homme, brillant parleur, gagna de suite la confiance de Yolande d’Anjou.

Tout d’abord, Baudricourt exposa les soucis de Madame de Bar : le duché d’Alençon et le comté du Perche étaient aux mains des Anglais à quelques îlots de résistance près. Or, c’est précisément cette découverte qui a provoqué le déclic pour tout expliquer, c’est la duchesse de Bar qui, par lettre patente du Parlement de Paris, en date du 3 février, possède « à foy et hommage » la châtellerie de Nogent-le-Rotrou, à charge de redevance envers le comte du Perche. Le comte Jean II est devenu duc d’Alençon du fait de la mort de son père Jean 1er, à Azincourt ; c’est donc à  lui que doit être remis « l’hommage » dû. Malgré cette occupation anglaise, la duchesse de Bar voulait s’acquitter de ce « loyer annuel » auprès de Jean II, son suzerain percheron.

Baudricourt avait, au terme de son voyage, cherché à joindre le jeune duc âgé de dix ans et qui, à la tête d’un groupe d’élites, livrait jour après jour, des escarmouches coûteuses aux Anglais. Personne ne savait, ou ne voulait dire où il était. Enfin, quelqu’un, en secret avait suggéré de s’adresser à la « bonne maman Yolande ». Tel était l’objet de cette visite.

La duchesse d’Anjou rassura de suite le messager ; en échange de « l’hommage », l’intendant donnerait un reçu en bonne et due forme.

Madame d’Anjou mit ensuite le capitaine au courant de la situation catastrophique qui attendait le Maine, l’Anjou, les ponts de la Loire, l’Orléanais. Très perspicace, elle voyait l’avenir teinté des plus sombres couleurs.

Elle en était là de ses lamentations lorsque deux coups discrets frappés à la porte, précédèrent ainsi qu’au théâtre, un changement de décor. Oui ! représentez-vous la scène… marchant à la file un, deux, trois, quatre, cinq, six… six enfants, du plus grand au plus petit, Louis quatorze ans *, Marie treize ans *, Charles quatorze ans *, Jeanne et René Huit *, tenant par la main le petit Charles *, trois ans. Suivaient la nourrice et la préceptrice de ce petit monde.

Profitons de ce récit pour anticiper notre galerie de portraits (Episode 6).

  • * Jeanne la Pucelle (1409 – ?), fille orpheline sous la protection de Yolande d’Aragon.

La duchesse s’excusa de cette intrusion… mais c’était l’habitude, une charmante habitude, que tous « ses enfants » présents au château, vinssent, à heure précise, lui souhaiter une bonne nuit et, le cas échéant lui exprimassent leurs doléances.

Médusé, Monsieur de Baudricourt examinait la scène, une larme au coin de l’oeil. Tous différents ces enfants mais parfaitement unis, souriants, polis. Révérences des deux petites filles, mouvement de tête et main sur le coeur pour les garçons, la petite troupe disparut comme elle était entrée.

- « Madame ! au cours de mes recherches dans la région, plusieurs fois, j’ai entendu parler de « la bonne maman d’Angers » ; de tous vos titres de duchesse et de reine, je constate que c’est certainement celui-là qui est le plus beau à porter et le plus noble », enchaîna Baudricourt dès qu’il eut retrouvé l’usage de la parole.

- « Et il en manque deux ajouta la duchesse ! Jean Dunois, Bâtard d’Orléans et Jean II d’Alençon, occupés malgré leur jeunesse à guerroyer avec de grands capitaines pour maîtres ».

Le reste du repas et la veillée qui suivit, furent occupés, on le devine, à parler de ces enfants et de l’avenir souhaité pour chacun d’eux. Yolande d’Aragon, en femme prudente et avisée ne dévoila, à l’origine de chacun que ce qu’elle crut bon de dire, mais le capitaine comprit son jeu, à demi-mot. Cette maîtresse femme, très riche, d’une intelligence rare, tenait entre ses mains l’avenir du royaume. Il en avait l’intuition, mieux, la conviction.

L’idée lui vint alors de lui soumettre une requête dont son amie et protectrice, la duchesse de Bar, l’avait maintes fois entretenu. Parmi cette jeune troupe, n’y avait-il pas un garçon susceptible de devenir page au duché de Bar-le-Duc ? Le capitaine, devenu le conseiller et le confident depuis la mort du mari à Azincourt , deux ans plus tôt, (oups !)*, sut faire valoir le désarroi de cette femme seule, avec une fillette et brusquement arrachée au bonheur. La présence d’un jeune page changerait toute sa vie. Qui sait ? Le duché de Bar était sans héritier direct ; la Lorraine toute proche, bien que germanique, avait à sa tête un vieil homme débauché qui était père d’une ravissante fillette. A part quelques bandes armées qui se risquaient au pillage, comme partout dans le royaume, le Pays de Bar ne connaissait pas la guerre. Autant de bonnes raisons mises habilement en exergue, pour donner à réfléchir.

* Encore un sac d’embrouille ! De qui parle-t-on ? S’il s’agit de son mari Jean 1er d’Aragon, il est décédé le 19 mai 1396 à Foixà en Catalogne. Si notre « duchesse de Bar » est une « belle-soeur » de l’un des enfants de Robert 1er, portons notre attention sur Edouard III de Bar, frère de Yolande de Bar. En effet, à la mort de son père en 1411, il reprend le flambeau ducal jusqu’en 1415, date de sa mort à Azincourt. Jusque-là, ça tient la route sauf que Edouard III ne s’est jamais marié, mais a laissé plusieurs enfants naturels, non légitimes, que l’Histoire ne semble pas avoir retenus. Il nous reste encore Jean de Bar, un frère d’Edouard, mort lui aussi, le 25 octobre 1415, lors de la bataille d’Azincourt. Pas d’épouse et aucune descendance connue. L’affaire est close. Nous resterons donc sur nos positions commentées au coeur de l’épisode 3, savoir que Madame de Bar n’est autre que Yolande de Bar, mère de Yolande d’Anjou, cette dernière étant le personnage principal du récit en cours, face à Robert de Baudricourt.

MEDIAPLAYER Michel Pépé Alchimia d’Amore

Apparemment intéressée, Yolande d’Anjou demanda à Monsieur de Baudricourt le délai d’une nuit de réflexion.

Et voilà comment la décision fut prise dès le lendemain matin. A neuf heures, Robert de Baudricourt rencontra la duchesse dans son petit bureau. Celle-ci consentait à se séparer de René, son deuxième fils âgé de huit ans, mais elle s’enquit sur plusieurs points : René ne serait jamais un foudre de guerre, mais il fallait néanmoins lui donner une instruction militaire indispensable ; le capitaine pouvait certainement prendre ces choses en main et en faire un bon cavalier. Ce qui est important surtout, c’était de l’instruire dans les domaines les plus divers car c’était une brillante intelligence, douée d’une mémoire et d’une logique rares chez un si jeune enfant. Un excellent précepteur, des cours à l’Université de Nancy seraient certainement indispensables.

Le capitaine prodigieusement intéressé, sentit redoubler, en son for intérieur, toute son admiration pour cette femme qui ne voulait pas extérioriser la douleur de la séparation, mais songeait avant tout à un brillant avenir pour ce fils qu’elle admirait et chérissait.

Le jeune René, mandé, arriva peu après…

- « René, tu es grand, déjà tes deux jeunes amis Jean d’Orléans et Jean d’Alençon sont des soldats qui se battent contre les Anglais jour après jour. J’ai trouvé pour toi un ami, le capitaine Robert de Baudricourt qui se propose de diriger ton apprentissage de page de Madame la Duchesse de Bar. Tu seras heureux, choyé. Tu apprendras l’équitation, le métier des armes avec ce nouvel ami et, tu pourras continuer les études qui te passionnent si fort, avec de bons maîtres. Nous serons loin l’un de l’autre mais tout près, par le coeur et l’esprit. Tu m’écriras de temps en temps, pour me raconter ta nouvelle vie et je te répondrai. Une fois l’an, tu pourras venir me voir. Je te demande d’être docile, gentil et… courageux. »

Le petit René acquiesça d’un signe de tête… mais ne put retenir quelques grosses larmes.

- « René ! tu sais ce que je dis souvent : « Un homme ne pleure jamais ; les larmes, c’est pour les fillettes ! »

- « Ce n’est pas pour moi que je pleure, Bonne Maman. »

- « Et pour qui alors ? »

- « Pour Pucelle ! « 

- « Pucelle ? ? . »

Alors… il fallut s’expliquer… Expliquer un amour de gosse n’est pas facile. Impossible même ! Mais ça existe et c’est très fort, inguérissable quelquefois. Observatrice et fine psychologue, « la Bonne Maman Yolande » avait maintes fois observé l’amitié de René et de Jeanne qui passaient leurs moments de loisirs ensemble, marchaient la main dans la main. Différents de caractère : autant lui était calme, réfléchi, observateur, autant Jeanne était enjouée, spontanée, exubérante, « un garçon manqué » disaient certains.

Comment résoudre ce problème imprévu et particulièrement important pour qui connaît et respecte l’enfance ? Faire plaisir à Madame de Bar, en lui confiant son René, est un bon calcul. René grandira à l’abri de la lutte, de l’invasion. Peut-être aura-t-il droit à un brillant avenir, comme le laisse présager Monsieur de Baudricourt.

Autrement est compliquée la décision concernant la Pucelle. Ne l’oublions pas, elle est la fille de l’ex-reine d’Angleterre, unique héritière libre de l’Orléanais, petite fille et arrière-petite de toute une lignée de rois de France, chef des Armagnacs, duchesse et comtesse « in partibus » d’Alençon et du Perche. C’est sans conteste, la princesse la plus titrée d’Europe. Cachée, inconnue dans la forteresse d’Angers. Que faire ? La garder sous son aile : c’est risqué. Que l’Anglais franchisse la Loire, c’est la captivité en Angleterre où elle pourra servir les desseins des Tudor ou des Lancastre, servir de menaces ou de monnaie d’échange…

La garder, c’est aussi, dans quelques années, exposer cette jolie fille aux appétits d’un dauphin précoce et entreprenant ; adieu peut-être au trône de France réservé à la petite Marie d’Anjou ! Qui peut savoir ? La « Bonne Mère Yolande », même après 1422 (année des décès de Henri V d’Angleterre et de Charles VI, Roi de France), continuera à nourrir son inquiétude.

Mettre Jeanne sous la protection de Madame de Bar et de son « beau-frère » *, Cardinal et « duc de Bar par intérim », ne pouvait que satisfaire tout le monde à condition de ne rien dévoiler d’important sur le mystère de la Pucelle. Pour cela le mieux était de la confier, sous surveillance discrète à une famille « bien sous tous rapports » comme il en existait partout dans les campagnes à cette époque.

* Encore une fois, si Madame de Bar est Yolande de Bar, Louis 1er de Bar, Cardinal et duc de Bar de 1415 à 1420, est son frère et non son « beau-frère ».

L’occasion se présente lorsque le Bon René part à Bar-Le-Duc, faire son apprentissage dans le Duché de Bar qui lui échoit en héritage. Pourquoi ne pas charger Monsieur de Baudricourt de cette mission délicate mais, Ô combien importante ? René servirait de trait d’union et, en grandissant, dévoilerait à la Pucelle le « nécessaire » et le « suffisant ». Ainsi, la « Bonne Mère » Yolande d’Anjou resterait-elle maîtresse du destin pour… Devinez !

Baudricourt se fit une joie d’avoir réussi dans son ambassade et d’apporter des nouvelles qui raviraient Madame de Bar.

Ainsi s’ébauchèrent en cet automne 1417, l’avenir du « Bon Roi René » et celui de la Pucelle…

Sources : Pierre Aléonard, Jeanne d’Arc, « Princesse » normande ?, pages 152 à 156. (Editions du Petit Chemin, mars 2004).

Fleurs de Lys 2

« Qui avale trop de couleuvres finit, tôt ou tard, par cracher du venin… »

A Saint-Malo le 25 novembre 2020. Le Thélémite

Sommaire du 5ème épisode

  • Le placement de la Pucelle à Domrémy
  • Les années d’apprentissage et d’instruction
  • Le mariage de René 1er d’Anjou avec Isabelle de Lorraine

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