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De Jean II à Charles VII

Galerie de Portraits

Episode 6

Partie 1

Galerie-miniature-3

De Jean le Bon à Charles VII

Fleur de lys

MEDIAPLAYER Michel Pépé Médiévale Féérie

Prologue

A mi-parcours de notre enquête, le moment est venu d’édifier en majesté une galerie de portraits regroupant des acteurs en liens étroits avec le mythe de Jeanne d’Arc. Chacun d’eux, roi ou reine, prince ou princesse, duc ou duchesse, comte ou comtesse, derrière le voile royal et loyal des apparences, tous sans exception ont une histoire qui se doit d’être narrée, autopsiée et interprétée à l’appui de faits historiques irréfragables et avec discernement. Que d’intrigues, de manipulations, de cachotteries, de feintes en perspective ! Les « Puissants » se révèleront, à leur insu, comme d’indignes personnages. Les plus malins feront montre de ruse, les plus nobles, en leur âme, sauront déjouer les pièges de l’adversité, passer outre les trahisons, les plus vaillants se forgeront, en captivité, une armure à toute épreuve, mis à rançons et réduits à courber l’échine face au machiavélisme des uns et des autres. Enfin, avez-vous songé au véritable portrait de Jeanne d’Arc ? Quel tableau accrocherons-nous dans cette galerie des « rois fous » ? Hormis un « gribouillage » en marge d’un feuillet du « Procès en hérésie », il n’existe rien, absolument rien de réaliste… Seulement des esquisses imaginaires déployées au cours des siècles par des artistes peintres ou sculpteurs, des verriers ou par des écrivains. Pour l’heure, oublions notre « pastourelle » de Domrémy, la petite bergerette qui garde les moutons… Il faut en finir, une bonne fois pour toutes, avec les balivernes, les billevesées ou sornettes en tout genre. Et si les origines de « haut rang » de la Pucelle se cachaient, quelque part, derrière un tableau de notre galerie de portraits ?

Jean II le Bon

Jean II le Bon

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Rendez-vous au musée, galerie médiévale de la « Maison des Capétiens Valois », une dynastie qui plongea la France dans un siècle de désespérance de 1350 à 1483. La visite commence avec  Jean II le Bon (1319-1364) dont l’épithète n’est guère louangeuse. Roi de France de 1350 à 1364, son règne est marqué par la défiance du Pays envers les Valois. De santé fragile doublée d’une sensibilité laissant libre cours à son émotivité, peu doué pour la politique, le roi s’emporte facilement jusqu’à devenir violent, ce qui lui vaudra maints déboires diplomatiques. Le 19 septembre 1356, lors de la bataille de Poitiers, Jean le Bon est battu et fait prisonnier. Le montant de la rançon s’élève à trois millions d’écus. Insolvable, dans une France exsangue, le roi fut contraint d’hypothéquer sa liberté, en échange de son fils Philippe dit « le Hardi », premier duc Valois de Bourgogne. Pendant la Régence de son troisième fils Jean de Berry, l’otage des anglais s’échappa. Jean le Bon, au lieu de se réjouir de ce bon tour, retourna se constituer prisonnier. A la vérité, il retourna passer le reste de ses jours, avec sa tendre amie, la comtesse de Salsberik. Décodage oblige ! Cette comtesse n’est autre que la « comtesse de Salisbury », héroïne d’un roman-fiction d’Alexandre Dumas, publié en 1839. Au vrai, il s’agirait probablement de Jeanne Plantagenêt, comtesse de Kent et épouse de William de Montagu, 2ème comte de Salisbury et chevalier de l’Ordre de la Jarretière .

« Honi soit qui mal y pense ! »

Par la signature du traité de Brétigny, en 1360, la France céda un tiers de son territoire à Edouard III d’Angleterre.

L’Histoire cachée

Agnel d'or

Notes rosicruciennes et templières

Grimaud de Bouvier, dit le « duc », fut le 7ème Imperator de l’Ordre des Frères Aînés de La Rose Croix (de 1356 à 1367). Les notes rosicruciennes indiquent qu’en 1351, Jean le Bon fit quérir son chapelain afin qu’il enquêtât discrètement sur un certain seigneur qui prodiguait des largesses aux pauvres et aux malades. L’enquête échoua. Tout le monde se taisait et donnait des descriptions plus fantaisistes les unes que les autres.

Après sa capture, faite à Poitiers en 1356, Jean le Bon fut amené à Londres pour y subir captivité. Or, vers 1360, un personnage se présenta à lui. Ce n’était autre que Grimaud de Bouvier. Il adoucit fortement son sort et sut le réconforter ; toutefois, lorsqu’il proposa de le libérer, le roi refusa, arguant l’honneur.

Grimaud lui proposa alors de donner tout l’or nécessaire pour acheter sa liberté… Il mit des pièces d’or sur la table. Lorsque le roi sut qu’il s’agissait d’un « or alchimique », il refusa tout net, mais n’en remercia pas moins chaleureusement, pour le geste proposé. Il lui promit même d’élever ses terres en Duché lorsqu’il serait de retour en France.

Grimaud se retira donc navré. Au moment où il allait franchir la porte, le roi le rappela, lui redonna les pièces d’or « oubliées » sur la table et lui dit : « Merci, ami, de m’avoir donné la joie de revoir cet Agnel d’or, ce denier royal et ce franc à cheval d’or, mais point n’en ai besoin. Je veux que vous placiez cet Agnel dans vos armes en mémoire de moi. »

Ecu d'or de Jean le Bon

- « Sire, répondit de Bouvier, il en sera fait selon votre désir, toutefois, mon roi étant captif, mon agnel sera « couché au sol » et non « debout »… ». Puis reprenant les pièces d’or frappées au signe de Jean le Bon, notre Impérator se retira le coeur meurtri à la pensée de laisser son roi.

Fleurs de Lys 2

Charles V Roi de France

Charles V le Sage

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Charles V, dit « le Sage » (1338-1380), est le fils successeur de Jean le Bon. Roi de France de 1364 à 1380, son règne marque la fin de la première partie de la guerre de Cent Ans. Il réussit à reconquérir des terres perdues associées aux défaites militaires cuisantes et mémorables de Crécy (1346) et Poitiers (1356).

Charles V est très instruit. Il a été éduqué à la cour avec d’autres enfants de son âge. Nous retiendrons en particulier ses trois frères : Louis 1er d’Anjou, Jean de Berry et Philippe le Hardi. Parmi ses compagnons d’études, nous retrouvons Edouard II et Robert 1er de Bar dont nous avons fait connaissance antérieurement (épisodes 2 et 3). Notons également les présences de Charles d’Alençon et de Louis II de Bourbon, fils de Pierre 1er (1311-1356), duc de Bourbon, marié avec Isabelle de Valois (1313-1383) qu’il convient de ne pas confondre avec Isabelle de France ou de Valois (1389-1409) que nous retrouverons, plus avant, dans notre galerie de portraits. Jeanne de Bourbon, soeur de Louis II, épousa le futur roi Charles V. Louis devint donc le beau-frère de Charles, et par la suite, l’oncle préféré de Charles VI. Le jeu des alliances permet de mieux comprendre l’implication des Maisons capétiennes de Bourbon et de Valois.

Charles V fut un patron des arts en reconstruisant Le Louvre en 1367 où il y fonda la première Librairie royale, qui deviendra quelques siècles plus tard La Bibliothèque nationale de France.

De l’union de Charles V et de Jeanne de Bourbon, naquirent huit enfants. Nous en retiendrons seulement deux pour les besoins de notre argumentaire relatif à cette enquête sur Jeanne d’Arc. Primo, l’héritier Charles qui deviendra le futur roi Charles VI. Secundo, Louis 1er d’Orléans.

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MEDIAPLAYER Michel Pépé La Danse des Troubadours

Charles VI

Charles VI, dit « le Fol »

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Charles VI est né à Paris le 3 décembre 1368. Son père Charles V, veuf de Jeanne de Bourbon, décède en 1380, la même année que son connétable Bertrand Du Guesclin. Orphelin à douze ans, le voilà roi de France. Soulignons au passage que sa mère, Jeanne, est atteinte en 1375 d’un accès d’aliénation mentale qui dura plusieurs mois. Elle commença à perdre la raison et la mémoire, puis fut déclarée inapte à exercer la régence. Jeanne de Bourbon décédera trois ans plus tard à la naissance de sa fille Catherine, le 6 février 1378. Devons-nous y voir une anomalie chromosomique qui touchera héréditairement tous les descendants ?

Certainement ! A commencer par son fils Charles VI qui présenta dès son plus jeune âge quelques signes caractériels suivis de périodes de rémission. Voici le jeune roi, âgé de quatorze ans, qui part combattre les Flamands en compagnie du connétable Olivier de Clisson. Le 17 juillet 1385, à l’âge de 17 ans, Charles VI épouse Isabeau de Bavière âgée seulement de 14 ans. Vous n’avez pas oublié ? Isabeau de Bavière, fille de Etienne III de Bavière et de Thadée Visconti(épisodes 2 et 3). Le jeune roi, de bonne constitution, aimable, à l’allure chevaleresque, n’affichait cependant guère d’intérêt pour les affaires et se mit à gaspiller le pécule de son père en fêtes futiles et frivoles. Son épouse Isabelle, trop « jeunette » pour le modérer, se délectait de cette vie facile et agréable. Nonobstant son caractère juvénile et  fantasque, en 1387, Charles VI prend en mains le gouvernement et rappelle près de lui les « marmousets », comme Bureau de la Rivière, grand chambellan de son père, tous au courant des affaires du royaume.

Charles VI le Fol

Crise de démence de Charles VI

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Puis, le 5 août 1392, alors qu’il est âgé de 24 ans, le roi est pris d’un premier accès de folie dans la forêt du Mans. Il se rend en Bretagne avec l’intention de raisonner le sire Pierre de Craon qui perpétra un attentat, deux mois plus tôt à Paris, contre son connétable Olivier de Clisson. Persuadé que le traitre s’était réfugié chez Jean IV, duc de Bretagne, qui refusait de lui livrer Craon, Charles VI décide de porter la guerre en Bretagne et convoque son armée royale au Mans. C’est en traversant une forêt voisine, que le roi tomba en démence. Somnolent sur sa monture, en raison d’une chaleur accablante, soudainement, un vieil homme déguenillé mit la main à la bride de son cheval et apostropha le roi en ces termes : « Arrête, noble roi, ne passe outre, tu es trahi ! ». Dans le même temps, un page qui avait mission de porter la lance royale s’assoupit , la lance lui échappe et s’abat lourdement sur le casque de celui  qui le précède. Le fracas réveille Charles , qui entre alors dans un état d’agitation frénétique. Il dégaine son épée et crie au complot en s’attaquant à son escorte. Le roi est finalement maîtrisé après avoir tué quatre de ses hommes et blessé son frère, le duc d’Orléans. Charles a perdu connaissance et regagne Paris garrotté sur un chariot. La France est frappée au « chief », son roi est fou.

Un séjour au calme, quelques remèdes de « bonne fame » donnèrent un regain d’espoir, mais pour peu de temps. La crise, hélas, n’est que passagère et d’autres accès de folie surviendront. Le 28 janvier 1393, en l’honneur d’un remariage princier, la reine Isabeau de Bavière ordonne un bal masqué pour distraire le roi. La fête va tourner à la tragédie…

Le bal des Ardents

Le Bal des Ardents

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Charles VI et cinq seigneurs se déguisent en « sauvages » et s’enduisent le corps d’étoupe et de poix, des matières facilement inflammables. La fête bat son plein quand le duc d’Orléans, approchant malencontreusement son flambeau des danseurs, mit le feu à l’étoupe d’un costume. Dans la confusion générale, la reine perd connaissance. La duchesse de Berry se précipite sur le roi et l’enveloppe dans sa longue robe. Les flammes sont étouffées, le roi en réchappe, mais quatre ou cinq acteurs périssent dans d’atroces souffrances. A la suite de ce drame lamentable, le monarque sombra définitivement dans la folie… à l’âge de 25 ans ! Comble de malheurs, le pauvre roi eut ensuite à lutter contre une sévère typhoïde dont il sortit vieilli, sans cheveux et sans ongles.

Exorcismede de Charles VI

Exorcisme de Charles VI

par deux moines augustins

Suite à ce lamentable épisode du « Bal des Ardents », Charles VI n’est plus en état de régner. Les « oncles » Philippe de Bourgogne et Jean de Berry reprirent la tutelle sous le Conseil de Régence présidé par Isabeau de Bavière. Les « marmousets » sont évincés. Peu à peu, Philippe de Bourgogne parvint à dominer le Conseil, usant d’une grande influence sur la reine. Toutefois, le duc d’Orléans, frère du roi, séducteur et « grand retrousseur de jupons devant l’Eternel », ne tarda guère à se rapprocher de sa belle-soeur et commença à s’opposer au duc de Bourgogne… Patience, n’empiétons pas sur le portrait de Louis d’Orléans et sur les circonstances de son assassinat en 1407.

En 1393, Charles VI est âgé de 25 ans. Il lui reste 29 années à vivre. Comment le roi occupera-t-il ce temps ponctué d’attaques violentes, de prostrations, de dédoublement de la personnalité, de moments de rémission, du rejet de la reine et ce, dans une négligence corporelle à la limite du sordide ? 29 années, c’est le temps imparti à l’astre Saturne pour boucler sa révolution autour du soleil. Ce cycle planétaire est hautement symbolique, car Saturne régit à la fois les phases de mélancolie, de dépression, d’isolement, d’enfermement mais aussi de sublimation si tant est que la folie soit sublimable. Le roi va-t-il sombrer encore un peu plus loin dans l’aliénation ou bien, dans un ultime sursaut, tenter de la sublimer ?

Oeuvre royale 1

Extrait d’un recueil de fac-similés

de Charles VI, roi de France

Le moment est donc venu d’examiner une facette inattendue du Portrait de Charles VI peu ou prou commentée par les historiens. Le roi va taquiner la « Chimère », animal fabuleux du paradigme hermétique. Ce faisant, se hissera-t-il au rang des plus hauts Philosophes et Adeptes de lArt Royal », à l’instar d’Hermès Trismégiste, Albert le Grand, Nicolas Flamel ou de Jacques Coeur, ce dernier que nous retrouverons, plus tard, au service de Charles VII.

Voilà notre roi « fol » en route sur la voie royale du Grand Oeuvre des alchimistes.

Oeuvre royale 2

Dernière page du recueil

Bibliothèque de Poitiers

MEDIAPLAYER Michel Pépé Nectaris Archangelis

Enfin, pour clore temporairement ce Portrait consacré à Charles VI, il est essentiel, ce me semble, de procéder à l’examen du couple royal. A la suite du deuxième accès de folie du roi, Isabeau est délaissée, brisée dans son coeur d’adolescente. Eprise de vie et de liberté, résolue à conjurer son désarroi, la reine convolera en de sulfureuses unions tout en multipliant moultes intrigues et manigances. Compatissante ou par mansuétude, elle donna au jeune roi (en 1405 ou 1406) une dame de compagnie, une concubine, Odette de Champdivers, surnommée la « petite reine », et qui restera dévouée au roi jusqu’à son dernier soupir en 1422, puis légitimée par Charles VII en 1428.

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Odette de Champdivers

Concubine de Charles VI

Fleurs de Lys 2

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Isabeau de Bavière

Reine de France 1385 – 1422

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Nous le savons déjà, à la lecture des épisodes précédents, Isabeau de Bavière (1370-1435) est la fille d’Etienne III de Bavière et de Taddea Visconti. Elle appartient à la Maison de Wittellsbach-Ingolstadt, une famille souveraine, l’une des plus anciennes et des plus puissantes du Saint-Empire germanique. Aussi, que convient-il de penser de la future reine de France venue mettre ses pieds sur le tapis des Capétiens Valois ?

Je cède la place à l’auteur de Jeanne d’Arc « Princesse normande ? » :

« Pourquoi aller chercher, au-delà du Rhin, une épouse au jeune roi Charles VI ? Mode du jour ! Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, à l’origine de cette union, n’a-t-il pas marié son fils Jean sans Peur à Marguerite de Bavière et sa fille Marguerite de Bourgogne à Guillaume de Hainaut, duc de Bavière ?

Pour changer le sang des Valois, prétendent certains, inquiets des signes pervers dus à trop d’unions entre cousins, cousines. On cite le grand-père Jean le Bon qui, de son règne, passa la majeure partie de son temps en Angleterre et y retourna pour les beaux yeux de la comtesse de Salisbury. Et puis, un mariage avec La Maison de Wittelsbach n’est pas une mésalliance, la Bavière est l’un des plus riches et des plus vastes des états de la Confédération du Rhin.

Philippe de Bourgogne sert d’entremetteur. Le duc germanique est réticent : la princesse est jeune. Quant au roi Charles VI, sous tutelle, qu’en pense-t-il ? Il a dix-sept ans et ne demande qu’à convoler mais encore faut-il que cette jeunette de quatorze ans lui convienne. Si on lui destine une gamine, un laideron sans esprit, alors la belle reprendra le chemin de Munich. L’oncle Philippe pense à tout. Pourquoi ne pas réunir les deux jeunes à Amiens, à l’occasion du pèlerinage de Saint-Jean-Baptiste ?

L’essai est plus que concluant ! C’est le coup de foudre. Isabeau est grande pour son âge, bien faite, visage fin, profil grec, coquette, élégante. Ses yeux parlent mystère et amour. Trois jours après, le 17 juillet 1385, le mariage est célébré à Amiens. Trois jours de festivités ! Comment l’appellera-t-on ? Isabelle ? Elisabeth ? Pour le peuple, c’est Isabeau. »

Sources : Pierre Aléonard, Jeanne d’Arc « Princesse normande ? »

Charles VI et Isabeau

 Le mariage de Charles VI et d’Isabeau de Bavière

17 juillet 1385

La longue lune de miel, au fil du temps, se ternit. Que se passe-t-il de si déconcertant ? Les vieux démons reviennent à la charge et prennent le pas sur les moments de lucidité du roi. Charles VI a pris Isabeau en aversion et obéissant bestialement à ses instincts, la trompe en toute impunité. La débauche s’installe à la cour. De 1385 à 1407, en vingt-deux ans, les naissances se succèdent : 12 enfants ! Aux fins de satisfaire notre enquête sur Jeanne d’Arc, nous retiendrons seulement  trois acteurs principaux, savoir Isabelle de France ou de Valois (portrait à suivre), Catherine de France ou de Valois et Charles VII (ce dernier fera l’objet d’un portrait exceptionnel).

Autre fait troublant : le frère du roi, le duc d’Orléans, devient l’amant en titre de la reine Isabeau. Toute la cour le sait. Or, pour calmer les crises de folie du roi, on fait appel à l’épouse de Louis dOrléans, Valentine Visconti. Elle seule a de l’emprise sur le terrible mal du roi… en attendant l’arrivée, en 1406, de la concubine Odette de Champdivers.

Valentine Visconti… Portrait à suivre en conclusion du présent épisode.

MEDIAPLAYER Michel Pépé Le Talisman d’Or

Hypothèse

Jeanne d’Arc

fille cachée d’Isabeau de Bavière ?

Jeanne d’Arc, enfant caché d’Isabeau et de Louis d’Orléans, une hypothèse qui fait le « buzz » sous la souris des internautes. Nous tournons autour du pot, mais n’allons pas trop vite en besogne. La supposition est peu probable. Pourquoi ? Nous devons, en premier lieu, tenir compte de la date de décès de Louis d’Orléans : 23 novembre 1407. D’autre part, la date de naissance de Jeanne d’Arc ne peut être antérieure à 1409. La plupart des historiens suggère qu’elle serait née « vers » 1412. Pas sûr du tout ! Devant cette équivoque, des historiographes analystes proposent la date précise du 13 septembre 1409. Nous examinerons « à la loupe », lors du prochain épisode, la pertinence ou l’impertinence de cette information.

En revanche, concernant Charles VII, né le 22 février 1403 ou 1405 (rien ne va plus à la cour !), l’hypothèse devient une présomptive certitude. Désigné sous le sobriquet de « soi-disant  dauphin », déshérité par son père (contraint et forcé) et déclaré « bâtard » par sa mère (Traité de Troyes), de toute façon, cela n’enlève rien à son ascendance royale d’autant que le prétendu géniteur, Louis d’Orléans, est le frère du roi. Charles VII, dans un cas comme dans l’autre, reste sans conteste l’héritier légitime au Trône de France, puisque petit-fils de Charles V. Supposons maintenant que Jeanne d’Arc soit la fille cachée d’Isabeau et de Louis, elle devient donc la soeur de Charles VII… Halte ! invraisemblance ! N’en jetez plus, la coupe est pleine !

Fleurs de Lys 2

Louis_Ier_d'Orléans

Louis 1er d’Orléans

1372 – 1407

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Quelques pas dans notre galerie de portraits et nous découvrons l’élégant prince Louis d’Orléans, né le 13 mars 1372 à Paris. Il est le frère cadet du roi Charles VI et le second fils survivant du roi de France Charles V et de Jeanne de Bourbon. Il épouse en 1389 Valentine Visconti (1368-1408), fille de Jean-Galéas Visconti, seigneur de Milan, et d’Isabelle de France.

Voici ce qu’écrit Pierre Aléonard, page 76 de son ouvrage consacré à Jeanne d’Arc :

« Quel personnage ! Disons, pour mieux le cibler que c’est quelqu’un qui s’est trompé de siècle. On le verrait facilement compagnon de François 1er * par son érudition, sa frivolité, son goût de l’aventure, de la dépense et du bien vivre, que fourvoyé, en ce siècle de trublions et de bandits. »

* Louis d’Orléans est, par Jean d’Orléans, arrière-grand-père de François 1er.

« Qui est-il ? Au pays de Lorraine, du moins, si l’on croit une écrivaine – papa d’Arc en dit grand bien à ses enfants et la petite Jeanne est en admiration* :

« Elle avait appris à la veillée que le pauvre roi fou avait un frère, beau, spirituel et bon, appelé Louis d’Orléans, qui aimait le pays de Vaucouleurs et qui avait poussé sa conquête depuis Coucy jusques au Rhin et rêvait de conduire le saint pape Benoît XIII à Rome afin d’y être couronné empereur et d’y annoncer son rêve de paix… » (Régine Pernoud, « Jeanne d’Arc », page 52).

* Ces récitations à la veillée, chez les Darc, se sont déroulées durant les années postérieures à 1417, soit plus de dix ans au moins suite à l’assassinat du duc d’Orléans.

« L’élégant prince Louis d’Orléans entretient avec la reine de France, Isabeau, sa belle-soeur, une liaison presque officielle… Louis sera assassiné par des sbires au service du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, qui le déteste.

En 1392, le duché d’Orléans a été donné en apanage à Louis qui, pour la naissance de son fils Charles en 1394 ordonnera de grandes fêtes où seront invités les procureurs et les principaux magistrats du lieu. Le vin, le lait, l’eau parfumée coulent des fontaines au coin des rues. A cette occasion, Louis crée l’Ordre du Porc-Epic pour décorer tous ses dignitaires et ses amis.

Son épouse, la belle italienne Valentine Visconti, est lettrée et ambitieuse. Elevée dans le luxe de l’Italie d’alors, son père, Jean-Galéas Visconti, est le premier duc de Milan. Il possède Vérone, Vicence et Padoue (1347-1402). Comme la vieille rivalité qui existait en France entre la Maison d’Orléans et celle de Bourgogne, la vendetta opposait en Italie, la famille Visconti à celle de la reine Isabeau de Bavière. Jean Galéas qui maniait le poison et s’adonnait à la magie, avait supplanté et fait assassiner à Milan son oncle, Bernabo, le grand-père d’Isabeau.* Une rumeur circula dans Paris, disant que Valentine avait jeté un sort à Charles VI et l’avait rendu fou. Valentine dut quitter Paris, se réfugia à Blois où elle mourut de Chagrin en 1408, à quarante-deux ans. »

MEDIAPLAYER Michel Pépé L’Oracle des Justes

Valentine Visconti

Valentine Visconti

* Barnabé ou Bernabo Visconti, père de Thadée Visconti et grand-père d’Isabeau de Bavière. (Consulter les épisodes 3 et 4).

« Louis, jeune et maladroit s’oppose à tous les projets du duc de Bourgogne : choix du véritable pape, conquêtes de nouveaux territoires à l’Est, influence sur les alliances italiennes, mariages d’Isabelle et de Catherine, princesses royales avec deux rois anglais. Les choses se gâtent. Paris se révolte. Va-t-on tout droit à la guerre ? »

Assssinat du duc d'Oléans

L’assassinat de Louis d’Orléans

« Non, mais à l’assassinat de la Porte Barbette ! Louis d’Orléans qui vient rendre visite, pour prendre des nouvelles du douzième rejeton d’Isabeau de Bavière, accouchée de la veille, est sauvagement assassiné le 23 novembre 1407. Ne l’oublions pas, ce crime « mal digéré » par les partisans du duc d’Orléans, explique la longue querelle sanglante entre Armagnacs et Bourguignons, le retour des Anglais, le Traité de Troyes en 1420 et… la Pucelle d’Orléans. Petite cause, grands effets..! »

Sources : Pierre Aléonard, Jeanne d’Arc, « Princesse normande » (pages 76, 77, 78).

Fleurs de Lys 2

Valentine Visconti

Valentine Visconti

1368 – 1408

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L’Histoire s’écrit ou se réécrit de mille façons. Konrad Adenauer déclarait dans ses mémoires : « L’Histoire est le total des choses qui auraient pu être évitées ». C’est vrai pour toutes les guerres depuis l’aube de notre civilisation jusqu’à nos jours. C’est vrai, ici, pour le crime politique qui frappa Louis d’Orléans. Imaginons un instant que Charles VI vint à rendre l’âme avant le drame du 23 novembre 1407. L’Histoire eût été tout autre. Le couple Louis d’Orléans-Valentine Visconti accédaient légitimement à la tête de la Régence. Un pressentiment qui hanta redoutablement le sommeil d’Isabeau de Bavière. Isabeau haïssait sa belle-soeur dont le père Jean-Galéas avait empoisonné son oncle Barnabé Visconti, en prison, le 13 décembre 1385. Barnabé était le grand-père, par Taddea Visconti, d’Isabeau de Bavière. C’est dire que les deux femmes, Isabeau et Valentine, partageaient le même blason de la Maison des seigneurs de Milan, la Guivre, le Dragon ou Serpent avec sa devise :

Blason des Visconti

Vipereos mores non violabo

Je ne violerai pas les coutumes du serpent

La devise en dit long sur la force venimeuse qui « serpente » dans le sang de la reine et de sa belle-soeur. La dimension symbolique de ce blason fut probablement réduite au caractère pulsionnel et destructeur de l’archétype, alors que dans son essence, elle revêt une valeur héraldique hautement significative d’un tout autre domaine. Néanmoins, dans l’histoire des Visconti, la coutume des empoisonnements se rencontre fréquemment.

Pour conclure la 1ère partie de cette Galerie de Portraits, je cède une nouvelle fois la place à Pierre Aléonard : Jeanne d’Arc, « Princesse normande ? », page 77.

« Seul le duc de Bourgogne (Jean sans Peur), lit à livre ouvert le manège de Louis et Valentine. Valentine, pour hâter l’accession au Trône de son époux, use subtilement du poison, surtout chaque fois qu’une décision importante s’impose. Onze docteurs historiens modernes qui se sont penchés sur cette question l’affirment et conviennent que seule Valentine, la belle-soeur, avait de l’autorité sur le roi malade, au cours de ses violentes crises ».

Hypothèse

Isabeau de Bavière aurait-elle manigancé

avec la complicité du duc de Bourgogne

l’assassinat de Louis d’Orléans ?

A suivre…

A Saint-Malo, le 18 décembre 2020. LeThélémite

Fleurs de Lys 2

Sommaire du 7ème épisode

Galerie de Portraits

Partie 2

De Charles d’Orléans à Charles VII

Galerie de Portraits 2

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