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Galerie de Portraits Partie 4

Galerie de Portraits

Episode 9

Partie 4

Charles VII

Le dauphin futur Charles VII

L’assassinat de Jean Sans Peur

Le Traité de Troyes de 1420

Fleur de lys

Prologue

Voici le Portrait d’un personnage équivoque du berceau à la tombe. Charles VII, dit le « bien servi » ou « le Victorieux », né à Paris le 22 février 1403, roi de France de 1422 à 1461.  Il se nomme tout d’abord Charles de Valois, comte de Ponthieu, avant de revêtir plus tard le sobriquet de « petit roi de Bourges ». Au jour de sa naissance, nul rapport avec le Berry. Patientons un peu ! Le comté de Ponthieu, anciennement, était une marche créée pour défendre la Picardie contre les Vikings. Borné par l’Artois à l’est et la Normandie à l’ouest, cet ancien pays de France avait pour capitale Abbeville.

Cartecomtedeponthieu1180

Le Comté de Ponthieu

Le titre de comte de Ponthieu n’apparaît qu’après 1024. Depuis Hugues Capet, la Maison de Ponthieu traversa des fortunes diverses notamment à travers celles de Montreuil, Montgommery, de Dammartin-en-Goële, de Castille, et ce jusqu’aux derniers Plantagenêts dont Edouard III, roi d’Angleterre, duc d’Aquitaine et comte de Ponthieu. En 1337, le roi de France Philippe VI de Valois confisque le Ponthieu. En 1360, le Traité de Brétigny rend le Ponthieu à l’Angleterre. Enfin, en 1369, le roi Charles V de France le reconquiert et le réunit au domaine royal. Son petit-fils, Charles, futur roi Charles VII, (11ème enfant de Charles VI), est titré comte de Ponthieu à sa naissance en 1403.

A un moment de sa vie, où la politique semble ne lui laisser guère de choix, Charles, âgé de quinze ans, quitte précipitamment Paris * et ses émeutes et se réfugie à Bourges, capitale de son duché de Berry, pour y organiser la résistance contre les Bourguignons et les Anglais. Peut-être nourrit-il déjà l’idée de venger le meurtre de son « oncle » (?) ou de son « père » (?), Louis d’Orléans, assassiné le 23 novembre 1407 ?

* N’anticipons pas trop vite sur les allées et venues du jeune Charles de Ponthieu entre Paris, l’Anjou, la Touraine, la Provence et le Berry. Nous comprendrons plus avant le pourquoi de ces déplacements sur une période qui s’étend de 1413 à 1419.

Château de Mehun sur Yèvre

Château royal de Charles VII

Mehun-sur-Yèvre*

(Suivre les liens)

Les Très Riches Heures du duc de Berry

* Notons que l’ancienne forteresse médiévale passa de la Maison d’Artois à la Dynastie de Valois, en 1332, par le mariage de Jean II le Bon et de Bonne de Luxembourg. En 1360, Jean de Berry, troisième fils de Jean II, reçoit en apanage le fief de Mehun-sur-Yèvre. En 1367, le duc entreprend un prodigieux chantier architectural qui s’étendit sur une cinquantaine d’années. Jean de Berry, décédé en 1416, ne verra pas la fin des travaux. Le château, somptueux et prestigieux, a accueilli les plus illustres personnages de l’époque. Charles VII en fit sa résidence de plaisance et y dirigea certaines grandes stratégies militaires, dont la reconquête d’Orléans. En 1429, Jeanne d’Arc y séjournera plusieurs mois aux côtés du dauphin pour étudier le plan de « la levée du siège d’Orléans » (mai 1429), puis pour préparer le couronnement en la cathédrale de Reims, prévu le 17 juillet de la même année. Quel privilège exceptionnel ! Quelle faveur surnaturelle à l’égard d’une petite bergère illettrée, fille d’un Laboureur lorrain ! ?.. Et vous, ami lecteur, qu’en pensez-vous ?

Revenons au jeune Charles de Ponthieu…

Personnage équivoque par sa naissance, il le devient aussi par son entourage qui en fait un jeune homme inquiet de nature et qui doute de tout et de tous : de sa naissance, de son père Charles VI dément, crasseux et pouilleux, de sa mère qui l’a délaissé dès sa naissance, il doute encore du destin, du sort des batailles et de ses conseillers réputés « sans scrupules », « avides de pouvoir » et « cupides »… Mais, qu’on ne s’y trompe pas, ce « roitelet » déshérité, délaissé et désabusé possède de solides atouts dans son jeu. Le jour n’est pas si loin où ce velléitaire mettra en pratique toutes les leçons reçues et deviendra un des monarques les plus méfiants, les plus cruels, les plus inflexibles au cours des années de reconquête du royaume. Et ce n’est pas en vain qu’on le surnommera Charles « le Victorieux ».

Fleurs de Lys 2

Une enfance malaisée et mal-aimée

Voici le portrait de l’enfant roi dépeint par Pierre Aléonard :

« Dans l’Histoire, Charles VII, le « roi de Bourges » apparaît d’abord comme le seigneur impuissant d’un ridicule royaume. Ce portrait semble vrai pour la première partie de son règne. L’homme-enfant qui a toutes les peines du monde à sortir de sa chrysalide.

Dernier garçon vivant d’une famille de douze enfants, chacun se demande en premier lieu quel est son père. Charles VI, prétendent certains et c’est ce qui lui vaut une lourde hérédité, ce moi inquiet, son regard vide, sans expression, ce corps chétif et laid. Impossible disent les plus nombreux ! Son père, au plus bas de son état de santé est incapable de procréer ; la belle, la frivole Isabeau, sa mère, est au mieux avec Louis d’Orléans, son séducteur. Faire l’amour avec un individu qui se néglige depuis des mois et des mois, qui empeste la crasse, dont le corps est couvert de vermine et de pustules, qui refuse de changer de linge, dépasse toute imagination. Ajoutez des troubles de sensibilité affective, une perte hallucinatoire et équivoque de tout sens moral qui lui fait accepter, en sa présence, l’intimité de son frère avec sa femme. C’est le moine augustin Jacques Legrand qui dénoncera publiquement cet état de fait. Enfin, comble de dépravation, de perversion, Isabeau ne se gêne pas pour avouer sa propre inconduite notoire et se sert de cet argument pour déshériter son fils au Traité de Troyes en 1420.

Délaissé par sa mère, dès sa naissance, il sera confié à 11 ans à Yolande d’Aragon épouse de Louis II d’Anjou. Cette Yolande est une femme autoritaire, ce qui n’est pas fait pour mettre l’enfant en confiance, et qui, mère d’une petite Marie, du même âge, songe surtout à l’avenir. Elle a raison puisqu’en 1422, le mariage sera célébré et fera de Marie la Reine de France et la mère de Louis XI, le successeur… »

Sources : Pierre Aléonard, Jeanne d’Arc, Princesse normande ?, page 92.

Yolande d'Aragon

Yolande d’Aragon

La « bonne Mère d’Angers »

Ce que nous devons retenir des remarques de Pierre Aléonard à propos de l’enfance de Charles VII, c’est avant tout la passion que cultive Yolande d’Aragon : elle s’intéresse aux enfants, aux orphelins, aux abandonnés du royaume. Une femme autoritaire… certes ! Mais soyons justes en affirmant que la « bonne Mère d’Angers » est une femme d’un mérite exceptionnel par son intelligence, sa sensibilité et son sens de la pédagogie. Fine psychologue, elle saura prévoir, organiser, déjouer les ruses. Elle sera capable aussi de financer et de modifier le cours de l’Histoire. C’est à sa mère adoptive que l’enfant Charles devra son éducation de roi…

1413 ou 1414 marque l’année de l’arrivée de Charles à la « nursery » de la Forteresse d’Angers. Il arrive au bon moment suite au mariage contracté mais qui n’a pas eu lieu entre la « petite Yolande » et Jean II d’Alençon (épisode 8). Le voici au milieu de la fratrie de la reine de Sicile et en compagnie de tous les autres… Jean II, Dunois « le bâtard » et d’une petite orpheline dont personne ne parle : la petite Jeanne d’Orléans.

Mais que s’est-il passé exactement ? Quel concours de circonstances permit au jeune Charles de Ponthieu de rentrer dans le Cercle angevin ?

Nous savons déjà (épisode 8) que le premier atout de la reine de Sicile tomba à plat le 1er mars 1413. Le mariage contracté entre la jeune Yolande, sa fille, et Jean II d’Alençon ne fut pas validé. Yolande d’Aragon ne perdra pas une minute mais n’allons pas trop vite. Quelques précisions d’abord sur le contexte historique.

Le 20 novembre 1413, le duc Louis II d’Anjou, époux de Yolande d’Anjou et cousin du roi Charles VI, qui avait conclu une future alliance avec la Maison de Bourgogne, annule le projet de mariage entre son fils Louis, futur Louis III d’Anjou, et Catherine de Bourgogne, fille du duc de Bourgogne Jean sans Peur. Cette rupture intervient en raison de sa fidélité à la Maison de Valois, du fait de son désaccord avec la politique de Jean sans Peur avide de prendre le pouvoir du royaume de France. Le 18 décembre 1413, Louis d’Anjou renforce son alliance avec la Maison de Valois et donne en fiançailles sa fille Marie, qui n’a que neuf ans, à Charles de Ponthieu, lui âgé de 10 ans. Ces accordailles ont lieu au Palais du Louvre, siège de l’autorité et du Conseil Royal qui ne badine pas avec la politique du « placement » des favorites ou des favoris.

Le Palais du Louvre

Le Palais du Louvre médiéval

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Extrait de l’encyclopédie libre Wikipédia :

« La mère de Marie, Yolande d’Aragon, duchesse d’Anjou, ne souhaite pas, depuis la sanglante révolte des Cabochiens survenue au printemps 1413 à Paris, laisser les jeunes fiancés dans la capitale, les hôtes royaux de l’hôtel Saint-Pol étant notamment menacés par les Bourguignons. Elle réussit à emmener sa fille et son futur gendre en Anjou le 5 février 1414, puis Charles rallie Tours d’octobre à décembre 1414. Vers la mi-janvier 1415, sa future belle-famille emmène Charles en Provence, au château de Tarascon. Il revient en Anjou à la fin de l’année. Ainsi le prince peut-il passer, avec sa fiancée, quelques heureuses et paisibles années jusqu’en 1417.

Pendant son séjour en Anjou et en Provence, le jeune prince reçut les leçons des meilleurs éducateurs. Il deviendra aussi cultivé que son ancêtre, le roi Charles V ». (Sources Wikipédia)

chateau-de-tarascon1

Château de Tarascon

Résidence des ducs d’Anjou

&

des comtes de Provence

Angers et Saumur

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Au début de l’année 1416, à l’initiative de la reine de Sicile, Charles de Ponthieu se rend à Paris pour assister au Conseil de Régence présidé par Louis II d’Anjou. Le jeune Charles, âgé de 13 ans, est placé sous la tutelle de son Père (?) Charles VI dont l’état de santé s’est sérieusement dégradé. Son frère, le dauphin Louis, duc de Guyenne, est mort mystérieusement quelques mois plus tôt, le 18 décembre 1415, à l’âge de 18 ans. Il a été remplacé par son frère Jean, duc de Touraine, qui s’est vu attribuer les titres de Duc de Berry et de comte de Poitiers suite à la mort de Jean de Berry, décédé sans postérité le 17 juin 1416. Le nouveau dauphin, Jean de Touraine, vit à la cour de Hainaut chez son beau-père, le comte Guillaume IV de Hainaut, allié aux Bourguignons. Depuis 1406, Jean de Touraine est marié à Jacqueline de Hainaut, héritière des comtés de Hainaut et de Hollande. Concernant le père de cette dernière, notons au passage que Guillaume IV fut fiancé, avec promesse de mariage, à Marie de Valois,* fille de Charles V dit le Sage et de Jeanne de Bourbon. Le mariage ne fut pas officialisé en raison de la mort prématurée de Marie de France, à l’âge de 7 ans.

* Marie de France ou Marie de Valois (1370-1377), fille de Charles V de France et de Jeanne de Bourbon : elle fut « accordée» à Guillaume d’Ostrevant (futur Guillaume IV comte de Hainaut, alias, Guillaume II duc de Bavière Straubing) par traité en 1373 et par contrat de mariage ratifié en 1375 (sources L’encyclopédie libre Wikipédia).

Ancré entre les deux factions rivales Armagnacs-Bourguignons, le duc Jean de Touraine subit l’assujettissement au duc de Bourgogne, Jean sans Peur, qui tente par tous les moyens de se rapprocher du Conseil de régence à Paris. Puis survient un fait enveloppé de mystère. Le comte Guillaume IV décide d’accompagner son gendre à Paris, ce qui suppose au préalable, des négociations en vue de l’arrivée  de son protégé, resté à Compiègne dans l’attente de la disposition modale qui sera prise. Guillaume de Hainaut entre donc à Paris et demande que la ville accueille son gendre, accompagné par le duc de Bourgogne, Jean sans Peur. Faute de quoi, il déclare avoir l’intention de retourner en Hainaut avec son protégé. Enfin, en janvier 1417, Jean de Touraine arrive à Paris sous la protection de Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Ensuite, il rejoindra Compiègne…

En revenant à Compiègne, le comte Guillaume de Hainaut retrouve le dauphin Jean de Touraine gravement malade. Le 4 avril, à l’âge de 19 ans, il meurt subitement, empoisonné par les Armagnacs selon les uns, ou d’un abcès à la tête selon les autres. Cette disparition fait de Charles de Ponthieu le nouveau dauphin, et le dernier espoir de la dynastie de Valois. Il hérite le titre de duc de Berry de son frère défunt.

Le ton monte

la situation s’envenime…

Suite au décès  de Louis II d’Anjou, survenu le 29 avril 1417, Charles de Ponthieu reprend à son compte le Présidium  du Conseil de Régence alors que sa mère, Isabeau de Bavière, prétend en assumer seule la direction, sous l’influence du duc  de Bourgogne. Pour s’assurer de coudées franches, Charles envoie sa mère, sous bonne escorte à Tours, en résidence surveillée par les Armagnacs. La reine offensée ne pardonnera jamais au dauphin ce méchef de lèse-majesté.

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Jean 1er de Bourgogne

dit Jean sans Peur

Le duc de Bourgogne prend ombrage de ce méfait à l’encontre de la reine. Son ambition dévorante le pousse à libérer la reine Isabeau de sa prison tourangelle. Il l’installe à Troyes le 23 décembre 1417, après l’avoir ralliée à sa cause contre le dauphin. Il revendique les pleins pouvoirs de la Régence du royaume en publiant un manifeste sous le double prétexte que le monarque Charles VI n’est plus en état d’assumer la régence et que le dauphin est trop jeune pour gouverner. Jean sans Peur décide donc de prendre le contrôle de la situation à Paris et tente  d’enlever Charles de Ponthieu en éliminant les Armagnacs. Dans la nuit du 29 mai 1418, en pleine guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, les hommes de Jean sans Peur, menés par le bourreau Capeluche, se dirigent vers l’hôtel Saint-Pol où réside le dauphin. L’héritier du trône de France, sous la protection d’officiers de la couronne, doit quitter précipitamment Paris. Il échappe ainsi à l’influence du duc de Bourgogne alors que les hommes de main de l’oppresseur procèdent au massacre du chancelier de France, Henri de Marle, du connétable de France, le comte d’Armagnac et de leurs partisans.

Charles de Ponthieu, âgé de 15 ans, vient d’échapper au pire d’un scénario aux conséquences imprédictibles. Entouré de ses fidèles officiers, le dauphin se réfugie à Bourges, dans son duché de Berry. Mais le pire sera à venir pour Jean 1er de Bourgogne, dit Jean sans Peur

Fleurs de Lys 2

L’assassinat de Jean sans Peur

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Le Pont de Montereau

10 septembre 1419

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L’assassinat de Jean Sans Peur survient le 10 septembre 1419 et fait suite, 12 ans après, à celui de son cousin Louis d’Orléans, assassiné sauvagement le 23 novembre 1407, Porte Barbette à Paris. Devons-nous y voir une relation de cause à effet, une rixe qui tourne au drame, un guet-apens ou une vengeance préméditée ? Faisons le point sur les circonstances de ce crime.

Jean 1er de Bourgogne et le dauphin Charles de Ponthieu se rencontrent une première fois le 8 juillet 1419 à Pouilly-le-Fort, puis à nouveau le 11 juillet, pour signer le traité de Pouilly-le-Fort, dit « la paix du Ponceau ». Par ce Traité, les deux rivaux veulent montrer leur volonté de réconciliation pour lutter contre l’occupant anglais. Le 19 juillet, un Te Deum célèbre à Paris leur prochain pacte de paix. Mais celui-ci est différé en raison d’une attaque des Anglais qui, progressant le long de la Seine, s’emparent de Poissy le 31 juillet et menacent Paris.

Extrait de l’encyclopédie libre Wikipédia :

« Enfin, Jean sans Peur et Charles conviennent de sceller leur alliance sur le pont qui traverse l’Yonne à Montereau, le 10 septembre 1419. Les conseillers armagnacs du dauphin estiment que les négociations entamées par Jean sans Peur ont principalement pour objet de persister dans ses intrigues antérieures et sa fourberie en vue d’assumer le futur pouvoir du royaume de France, en réduisant le dauphin a quia.

De plus, ils souhaitent venger l’assassinat de Louis d’Orléans, survenu douze ans plus tôt et toujours impuni en 1419. En effet, Jean sans Peur, après avoir commandité ce meurtre afin d’éliminer son concurrent du conseil du roi Charles VI, avait d’ailleurs proclamé haut et fort qu’il était l’instigateur de ce crime, qu’il justifiait par l’entremise du théologien Jean Petit, en le qualifiant d’un « tyrannicide » organisé pour le plus grand bien du royaume de France.

Enfin, les Armagnacs redoutent que le duc de Bourgogne cherche à attenter à la vie du dauphin : le jeune Charles est le dernier fils du roi Charles VI, ses frères Louis et Jean étant morts subitement en 1415 et 1417. Les adversaires de Jean sans Peur n’hésitent pas à l’accuser d’aspirer au trône, d’autant que son rival Charles d’Orléans est à ce moment en captivité en Angleterre ». (Sources Wikipédia)

Imprévoyant ou audacieux, Jean sans Peur se rend, accompagné d’une escorte de dix hommes armés, au rendez-vous du Pont de Montereau. L’approche est tendue. Le duc s’agenouille avec déférence devant le dauphin indifférent, qui lui reproche d’avoir mal tenu ses « promesses » et préservé son alliance avec les Anglais eu égard à la Convention du Ponceau. Le duc lui répond « qu’il avait fait ce qu’il devait ». Le ton monte. Selon les historiens, deux versions contradictoires s’opposent entre les partisans du dauphin et ceux du duc de Bourgogne. Les chroniqueurs bourguignons prétendent que Jean sans Peur s’est fait agresser à brûle-pourpoint sans avoir entamé de discussion. Les partisans de Charles de Ponthieu contestent de leur côté que ce dernier se serait montré arrogant et qu’il aurait signifié au dauphin qu’il restait tributaire du roi son père et donc dans l’incapacité de traiter en son nom. Il lui aurait donc demandé de rentrer à Paris et de faire acte de soumission. Le sire de Navailles aurait renforcé cet argument en insistant sur la subordination du jeune dauphin au roi Charles VI. Il aurait fait le geste de tirer son épée du fourreau, ce qui aurait déclenché la réaction immédiate de la garde armée du dauphin. Il devait périr lui aussi en défendant Jean sans Peur. Tanguy du Chastel, prévôt de Paris et conseiller du dauphin, n’attendait que ce prétexte pour porter un coup de hache au visage du duc en criant « Tuez, tuez ! ». Le dauphin, conduit à l’écart de la scène, reste impavide. Les hommes d’armes de chaque parti brandissent leurs épées et c’est alors la curée… 

Sur le cadavre du duc de Bourgogne, la main droite a été sectionnée à l’instar de ce qu’avaient fait les affidés de Jean sans Peur douze ans plus tôt, après l’assassinat de Louis 1er d’Orléans

Cet épisode dramatique du Pont de Montereau horrifie le pays et ravive la querelle des Armagnacs et des Bourguignons, ce qui entraînera des conséquences « catastrophiques » pour la dynastie de Valois et pour le royaume de France déjà très affaibli par les luttes de pouvoir et par la débâcle de la chevalerie française d’Azincourt. La première des conséquences désastreuses sera lisible lors du Traité de Troyes ratifié le 21 mai 1420.

Fleurs de Lys 2

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Le Traité de Troyes

21 mai 1420

(suivre le lien)

Le Traité de Troyes est l’un des Traités les plus maudits de l’Histoire de France. Pour rester lapidaire, comparons-le à un concentré de haine, de machinations et de vengeance. En première ligne, Isabeau de Bavière et Philippe III de Bourgogne, dit Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur et de Marguerite de Bavière. Le corps de Jean 1er de Bourgogne, victime de la « rixe du Pont de Montereau », est à peine arrivé à la magnifique chartreuse de Champmol, près de Dijon, que son successeur Philippe le Bon s’allie avec Henri V d’Angleterre. Philippe, excité par sa mère, Marguerite, poussé par son entourage ne songe plus qu’à la vengeance.

Il trouve une puissante alliée en la personne de la reine Isabeau qui reniera publiquement la paternité légitime de son mari fou, et consentira à déshériter son fils, le dauphin Charles au profit du roi anglais. Il suffit pour cela de rayer d’un trait de plume la loi salique des anciens Francs et le tour est joué… Telle fut la teneur de l’infâme Traité de Troyes qui trouva sa pleine application, le 2 juin 1420, par le mariage de Catherine de France, fille légitime d’Isabeau et de Charles VI avec Henri V d’Angleterre…

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Le mariage de Catherine de France

Reine consort d’Angleterre

2 juin 1420 – 31 août 1422

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Epilogue

Lors du prochain épisode, nous commenterons l’union de Charles VII et de Marie d’Anjou, mariage célébré le 22 avril 1422, en la cathédrale Saint-Étienne de Bourges. A partir de cette date, une impressionnante « machine de guerre » se mettra en place , élaborée dans l’ombre de la régence et réglée dans le moindre détail par la reine de Sicile. D’ores et déjà, nous pressentons que si Jean 1er de Bourgogne n’avait pas été assassiné, la teneur du Traité de Troyes eut été inconcevable, sinon toute différente voire fictive. Retirez ces deux épisodes dramatiques de l’Histoire de France et vous comprendrez, au fil des prochains épisodes, que l’odyssée de Jeanne d’Arc n’aurait jamais eu lieu… Patience !

A Saint-Malo, le 10 février 2021. Le Thélémite

Fleurs de Lys 2

Sommaire du 10ème épisode

1422… Année faste et néfaste

Décès de Henri V & de Charles VI

Mariage de Charles VII avec Marie d’Anjou

Retour à Domrémy…

Jeanne entend des « voix » !

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